Superlink me

Saving Johnny Mnemonic

4 mai 2009 | par Christian Porri

Superbe série d’articles sur Électron libre, d’Emmanuel Torregano, intitulé « la fin du web ». La série (toujours en cours : 1 et 2) dresse un portrait des tendances actuelles de notre usage du réseau. L’article ne fait que se baser sur des faits d’actualité mais j’y vois un aspect d’anticipation au caractère plus fataliste et de déclin que d’émancipation salvatrice.
La perception qu’on en a du réseau, du Web, serait sur le déclin dans la dans la mesure où sa réalité technologique s’effacerait. il ne resterait que le lien (Superlink me ?) au service de notre existence totalement digitalisée. La structure matérielle du réseau deviendrait abstraite comme le squelette d’un cyborg finissant par être englobé par les tissus le recouvrant (oui, comme le T1000 de Terminator2, si on veut).

L’une des tendances sur laquelle se base l’article est la réduction de l’usage du web via le navigateur au profit d’outils dédiés à un service sur le desktop (comme un logiciel) ou en hardware (comme un smartphone). C’est une évolution constatée, documentée et bien exposée dans ces articles. Pour autant, est-ce une évolution véritablement souhaitable, et le web était t-il vraiment une plaie ? Pour moi, la question reste posée : le navigateur permet toujours une navigation universelle là où les outils dédiés aux services concernent une information ciblée et formatée. 

Ce qu’on pourrait appeler le Web 1.0 reposait sur deux tâches et applications précises : courrier électronique, connexion au web. Les forums et La messagerie instantanée ont commencé à introduire ensuite les bases du Web 2.0 : on a ainsi vu arriver les outils collaboratifs (Wiki, blogs, etc.) et de regroupement d’utilisateurs en communauté. Ces notions de communauté et de collaboration sont le moteur actuel d’évolution du net et, selon l’auteur, son destin fatal. Il y a pourtant là certainement un progrès dans la mesure ou les notions d’échanges et partages (deux notions qui semblent chères à notre gouvernement…) restent des valeurs fondatrices et si les regroupement ne se font pas dans un esprit communautariste et élitiste.

L’avenir proche tendrait à consacrer la synchronisation d’informations sur une multiplicité de réseaux aux usages de services spécifiques (partage de médias, etc. achat/vente/échanges de biens). Effectivement, sur ces services dédiés, la liberté de consultation qu’offre le navigateur est accessoire, voir en complexifie l’accès ; d’où des outils leur étant directement dédiés. On a d’abord vu les barres d’outils s’ajoutant au navigateur censées améliorer l’accès à un service (mais surtout en favoriser l’usage exclusif) puis de plus en plus des mini-applications, widgets ou gadgets, externes au navigateur.
Les smartphones, sont un exemple d’outil hardware où au lieu d’utiliser un navigateur internet, le site du service web devient une application logicielle directement connectée et dédiée à ce service.

Je sais qu’actuellement, la mode est à prévoir la disparition du poste desktop, du navigateur, etc. au profit d’un usage de l’internet éclaté en services via des terminaux mobiles dédiés blabla… Super, mais en l’état actuel, on peut espérer que ça n’advienne jamais car on aurait des machines où certes tout marcherait impeccablement mais où tout marcherait de la façon dont tel constructeur et tel éditeur l’a décidé. La tendance du web est plutôt à favoriser les technologies et outils majoritaires, on utilise Google parce que tout le monde l’utilise, on est sur Facebook parce que tout le monde y est… Par chance le modèle de nos ordinateurs actuels et la nécessité de standards nous assure une diversité qui contrebalance cette tendance autocratique. Les smartphones et terminaux mobiles actuels sont, hélas, bien mieux réglementés : Ils proposent des accès au net via une exclusivité opérateur, sur des modalité limités et contrôlé. L’usage, l’installation d’applications est contrôlé, l’exploitation de contenu sur ces terminaux est limité. L’Iphone d’Apple (un des meilleurs exemples d’extension mobile de ces services) par son credo de facilité et séduction (par le culte de la marque) nous appelle à nous lover dans un modèle qui marche bien, confortablement défini (et confortablement maitrisé) par Apple. Si tout devait se décliner sur ce modèle, on serait dans une sorte de monde « bon chic, bonne culture » bien conçu, certes. L’expérience utilisateur serait maîtrisée, basée sur le design et la simplicité, valeurs centrales et fondatrices au nom desquelles seraient sacrifiées ouverture et personnalisation. L’utilisateur changerait encore son papier peint et la sonnerie de sa porte d’entrée mais pas plus. Un univers si confortable qu’il en est justement dangereux, comme toutes sortes de conforts.

En tous cas ces entreprises nous vendent leur outils et services comme une marque classique et nous répondons du même mécanismes d’échange : Nous adhérons d’autant plus facilement à ces services s’ils répondent aux mêmes attributs savamment marketés : confort, facilité, simplicité, séduction et avec bien entendu un aspect communautariste souvent orchestré. FaceBook, Twitter, Live, Google, Skype, etc. Toutes ces entreprises proposent des outils ou services parfois aussi utiles que gratuits… mais justement, utiles parce que gratuits ? Au delà de ces facilité, gratuité, etc. on peut se demande encore quel est le sens de notre utilisation : Utilisons nous encore des outils répondant à un besoin identifié au préalable, les multiplions-nous dans un soucis d’efficacité avec un but défini ou sommes-nous dans une consommation frénétique et euphorique d’hyper-connectivité au monde ?

C’est dans cette frénésie d’hyper-connectivité que les articles de « la fin du web » sur d’Électron libre me rappellent des romans d’anticipation, où le réseau de « communication » deviendrait un réseau de « communion », comme chez Philip K. Dick, et tendrait vers une vision futuriste plutôt aliénante. Dans la littérature et le cinéma de science-fiction, la thématique du réseau est souvent abordé par la perte de contrôle, par une vision d’un réseau si développé qu’il en deviendrait capable de conscience comme dépeint dans les Terminators, Matrix ou Ghost in the shell.

Mon titre fait référence à une une nouvelle de William Gibson, Johnny Mnemonic, dont est tiré un film avec Keanu Reeves, où le personnage principal est un contrebandier d’informations qui loue une partie de son cerveau formaté afin d’y stocker des données sensibles à transiter à l’abri d’une société ou le réseau hyper-connecté ne permet plus aucun anonymat.


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