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Reader Theory

16 juillet 2009 | par Christian Porri

Commento Ergo Sum, © C. Porri  
Dans l’éternel faux débat et faux com­bat de l’écran con­tre le papier, cer­taines réflex­ions qui ont aboutit a des out­ils comme Com­ment­Press, réal­isé en juil­let 2007 par le Insti­tute of the future of the book, ouvre une nou­velle voie à l’exploitation du livre, par le lecteur, et surtout pour les éditeurs. En effet, les éditeurs peinent à porter le cir­cuit tra­di­tion­nel de dif­fu­sion et com­mer­cial­i­sa­tion du livre dans le domaine élec­tron­ique.
Hormis quelques excep­tions, les dif­férents pro­jets qu’ils ont essayés se révè­lent, à mon avis, peu con­clu­ants ; car­ac­térisés d’une part par forme matérielle immature :

- Des appareils de lec­ture peu intu­itifs, dotés d’interfaces logi­cielles par­fois intéres­santes mais pro­posant un objet peu con­vivial, des bou­tons décalés de l’écran alors que les solu­tions à écran tac­tiles sem­blent plus cohérentes comme trans­po­si­tion. Pour autant un appareil de type iPhone est un appareil mul­ti­fonc­tions, pen­sés autrement que comme un livre. Même s’il dis­pose d’applications logi­cielle ebook con­va­in­cantes et nom­breuses, il reste au final d’un for­mat au con­fort en deçà d’un livre de poche.
- Des con­cepts de plate­formes matériel/logiciel au développe­ment com­mer­cial et mar­ket­ing peu soutenu auprès du grand pub­lic ; Le Kin­dle d’Amazon, l’exemple pour­tant le plus abouti et crédi­ble de plate­forme logiciel/matériel est mal­gré tout encore peu promu auprès du pub­lic, du moins rien de com­pa­ra­ble avec le battage médi­a­tique du lance­ment d’un iPhone (qui dis­pose lui-même d’une appli­ca­tion Kin­dle), dom­mage.
- Une tech­nolo­gie du papier/encre élec­tron­ique promet­teuse mais qui tarde à être mise en œuvre autrement que dans des mod­èles d’e-book volu­mineux. Avoir la car­ac­téris­tique de sou­p­lesse du papier et se retrou­ver enfermé dans une tablette, un comble.
D’autre part, une forme logi­cielle ou web encore mal inté­grée :
- Des for­mules de quo­ti­di­ens d’information portés tel quel sur le web ou « enrichi » au détri­ment d’une ligne édito­ri­ale claire ; Je me perds sur les sites de la plu­parts des mag­a­zines que j’affectionne encore de lire au for­mat papier. Ils pro­posent une richesse de con­tenu qui dépasse mon rythme de lec­ture. Résul­tat, retour au papier ou ailleurs.
- Des livres « virtuels » avec effets visuels inap­pro­priés ; des « livres dans l’écran » il ne leur manque que le bruit de frot­te­ment du papier… Sans com­men­taires.
- Des visu­aliseurs de doc­u­ments par­fois intéres­sant mais ne con­sti­tu­ant pas une vraie solu­tion de lec­ture à l’écran. Le for­mat PDF, via un logi­ciel comme Adobe Acro­bat® pro­pose une visu­al­i­sa­tion intéres­sante de doc­u­ments mais ce sont des doc­u­ments qui restent à des­ti­na­tion finale du papier et encore ici, l’écran fait seule­ment illusion.

Sans se lancer dans une analyse exhaus­tive, il sem­ble d’une appar­ente évidence qu’aucune de ses solu­tions matérielles ou logi­cielles n’arrive véri­ta­ble­ment encore à se sub­stituer au livre papier, en ter­mes d’usage, et n’arrive non plus à résoudre la ques­tion de son exploita­tion sur la voie électronique.

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Le « livre élec­tron­ique » en question

Si un livre est un con­cept intime­ment lié à sa forme, il repose hélas aussi sur un proces­sus de pro­duc­tion lourd et indus­triel, et dépend donc tout autant de sa rentabil­ité. Une réal­ité formelle que l’informatique n’a cessé de met­tre à mal au point de remet­tre en ques­tion ce par­a­digme. D’abords en inter­venant dans le domaine de l’imprimerie, en sim­pli­fi­ant ce proces­sus de pro­duc­tion, sans impli­ca­tion sur l’objet en soi. Puis en trans­for­mant pro­fondé­ment le statut social de ce métier. Enfin en remet­tant en ques­tion sa via­bil­ité commerciale.

Au début l’informatique était une sci­ence à part entière, ces débuts dans le grand pub­lic s’est fait sur le mod­èle d’une assis­tance à la pro­duc­tion (PAO, CAO, etc.) mais main­tenant qu’elle s’est révélé être suff­isam­ment uni­verselle pour s’immiscer de manière latérale dans les autres, elle mod­i­fie et inspire directe­ment nos com­porte­ments. Dans le cas du livre, nous ne l’appréhenderons plus de la même façon qu’au siè­cle dernier. Sim­ple­ment parce que déjà, il ne s’agit plus du « livre » en soi, ni non plus de son arte­fact élec­tron­ique qui simulerait des pages. Il ne s’agit égale­ment pas d’une trans­po­si­tion, même réussie, au for­mat inter­net avec une struc­ture arbores­cente de liens hyper­texte. Il s’agit seule­ment de notre rap­port à l’information.

Le livre en soi n’est qu’un for­mat d’information. Il existe toutes sortes de for­mats de pub­li­ca­tion en fonc­tion d’un cadre d’information. Notre intérêt pour un for­mat ou un autre dépend du type d’information recher­chée.
E t au delà de ce for­mat, ou du type d’information il s’agit encore égale­ment de notre façon de l’appréhender. L’explosion de l’informatique mobile tend, par exem­ple, à con­forter la lec­ture d’actualités quo­ti­di­enne sur ce for­mat, util­isant le flux d’actualités. Tout comme le mod­èle élec­tron­ique hyper­texte s’est imposé pour la con­sul­ta­tion ency­clopédique à la place des lourds vol­umes de papier. Le web regorge de con­tenus de type guides et for­ma­tions qui s’accommodent par­faite­ment sur ce for­mat et son évolu­tiv­ité.
A con­trario, je me vois mal lire un roman sur mon télé­phone mobile ou même con­fort­able­ment installé devant l’écran de mon ordi­na­teur de bureau. Sim­ple­ment parce que le livre et sa forme, qui doit être remisée pour exploiter d’autre con­tenus, est dans ce cas encore la forme la plus adap­tée. Son con­tenu « fini » est plus ras­sur­ant et c’est un objet par­faite­ment réfléchi et conçu pour un rap­port intime et con­fort­able : la lec­ture à long terme d’un con­tenu déter­miné à l’avance et dans un but d’accomplissement.

Des études ont démon­tré que nous achetons moins de livres ou de presse ; Sim­ple­ment parce que nous lisons dif­férem­ment mais pas moins. Le rythme de la lec­ture, la mul­ti­plic­ité et le choix du sup­port ont aussi varié avec la famil­iari­sa­tion du web. Cer­tains préfèrent tel sup­port pour son con­fort, d’autres préfèrent tel autre en fonc­tion du temps de lec­ture dont ils dis­posent ; ou vice versa. Cette diver­sité est un véri­ta­ble casse-tête dès lors qu’il s’agit de résoudre des prob­lèmes de rentabil­ité, de dif­fu­sion, de droits et de via­bil­ité com­mer­ciale car une même infor­ma­tion doit arriver par­fois à cir­culer simul­tané­ment sur plusieurs sup­ports pos­si­bles, en fonc­tion des util­isa­teurs, en s’adaptant pour se dis­tribuer sur ces mul­ti­ples for­mats. Par exem­ple, la presse, pour­tant en crise, est le for­mat qui exploite le mieux cette mul­ti­plic­ité de par le car­ac­tère mod­u­la­ble de ses infor­ma­tions : les flux RSS affichent sou­vent les titres ou un chapô alors que le site référant se per­me­t­tra de dévelop­per plus longuement.


Retenir et exploiter les flux

Ce que nous avons iden­ti­fié comme un « web 2.0 » a mis en exer­gue un mode d’utilisation par­ti­c­ulier (exis­tant pour­tant avant) : le mode par­tic­i­patif. L’utilisateur est acteur. Son infor­ma­tion ajoutée génère un fil de dis­cus­sion qui est ali­menté au fur et à mesure, un flux. Par ailleurs, un util­isa­teur pub­lie via un outil de blog ou de micro-blogging un con­tenu qui con­stitue aussi un fil d’informations, un flux tendu, qui peut être réu­til­isé, réori­enté en tout ou par­tie dans d’autres con­textes, etc. Et c’est dans l’exploitation de ces flux de sources diverses que se trouve un mod­èle exploitable par les éditeurs.

Comme l’expose superbe­ment l’article de Clive Thomp­son pour le mag­a­zine Wired : the future of read­ing, le livre à plusieurs siè­cles d’utilisation et d’exploitation des com­men­taires et anno­ta­tions de textes. Une pra­tique large­ment relayé par les blogs et qui devient en soi une part du con­tenu sur Com­ment­Press. Il relate le cas de McKen­zie Wark et de son ouvrage Gamer The­ory qui a servi de fon­da­tion à Com­ment­Press. Gamer The­ory, ini­tiale­ment pub­lié par Har­vard Uni­ver­sity Press a été pub­lié ensuite en ligne chapitre après chapitre sur Com­ment­Press, générant un flux de com­men­taires et dis­cus­sions com­plé­tant et enrichissant le con­tenu ini­tial des chapitres. Les lecteurs de la ver­sion papier ont été invités à leur tour à venir quérir ce con­tenu sup­plé­men­taire, sous forme de valeur ajoutée. Ce sont ces flux d’informations con­textuelles que Clive Thomp­son imag­ine exploitable par les éditeurs, à con­di­tion qu’ils recon­sid­èrent leur posi­tion et se posent les bonnes ques­tions : réfléchir au « futur de la lec­ture » au lieu de chercher « le futur du livre ». La solu­tion envis­agée par Clive Thomp­son est de rentabiliser le con­tenu mis à dis­po­si­tion du lecteur par l’exploitation de celui que le lecteur va générer autour de ce contenu.

Plus qu’un « portage en ligne », c’est une sorte de « portage social » d’un con­tenu autre­fois enfermé dans sa forme imprimé.

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Pen­dant ce temps, en Europe…

Si la plu­part de ces ini­tia­tives et réflex­ions les plus pop­u­laires à ce sujet nous vien­nent d’outre-Atlantique, nous ne sommes pas inac­tif de ce côté ci. En 2006, suite à une demande du prési­dent de la république, la Bib­lio­thèque nationale de France à con­sti­tué un groupe interne de réflex­ion dédié à la con­cep­tion de la maque­tte du pro­jet de bib­lio­thèque numérique de l’union européenne, Euro­peana. Le groupe était con­sti­tué d’Emmanuelle Bermès, Mar­tine Bor­dier, Marie-Odile Illiano, Noémie Lesquins, Christophe Renard, Stéphane Pil­lor­get, aidés de Gilles Muraw­iec, con­sul­tant extérieur en ergonomie, et moi-même, égale­ment con­sul­tant extérieur, en graphisme et ergonomie. Ma mis­sion a con­sisté à pro­duire une maque­tte graphique autour de scé­narii d’utilisations pos­si­bles. Il m’a été autant plaisant de tra­vailler sur ce pro­jet que nous n’avions pas de restric­tions liées à une pro­duc­tion à court ter­mes, juste un plan­ning de quelques mois. Nous pou­vions explorer des pistes graphiques, ergonomiques et tech­niques avec une plau­si­bil­ité rel­a­tive. Les dif­férents proces­sus d’utilisations étaient étab­lis sur une analyse pré­cise et une antic­i­pa­tion sur les usages soci­aux, à l’époque à peine émergeants, du web 2.0.

Nous cher­chions donc égale­ment au même moment en Europe une évolu­tion de la con­sul­ta­tion de doc­u­ments imprimés en ligne. Notre objec­tif n’était bien entendu pas de con­cevoir un nou­veau mod­èle com­mer­cial mais de ren­forcer la dimen­sion sociale de la bib­lio­thèque (ici européenne) dans la con­sul­ta­tion d’ouvrages numérisés con­sulta­bles en ligne. Les util­isa­teurs étaient iden­ti­fiés claire­ment dans notre cas dans un con­texte de recherche. Nous savions que dans ce con­texte, le tra­vail entre­pris ini­tiale­ment par des lecteurs sur un ouvrage con­stituerait en soi un con­tenu exploitable par les suiv­ants. Ils par­tic­i­paient, indi­vidu­elle­ment ou en groupes, à une dynamique de tra­vail autour des doc­u­ments. Nous avions donc envis­agé un sys­tème de mots-clés, de notes et com­men­taires, de struc­tures en groupes d’utilisateurs tels que nous avons pu les ren­con­trer depuis sur toute sorte de sites de réseaux soci­aux. Nous héri­tions des travaux déjà entre­pris en interne par la Bib­lio­thèque nationale de France (et aux­quels j’ai égale­ment pris part) sur la visu­al­i­sa­tion de doc­u­ments numérisés. Nous avons extrapolé les pos­si­bil­ités ergonomiques de ces out­ils de l’époque sur des pistes aujourd’hui tout à fait viables.

Vous pou­vez voir, sur les écrans ci-dessous, quelques exem­ples de l’interface que nous avions prévue, avec les sys­tèmes de tags et com­men­taires. On dis­tingue les com­men­taires isolés par une bulles des fils de dis­cus­sions, d’une suite de bulles ; les tags (ici « étiquettes », en français), sous forme d’étiquettes, « accrochée » au doc­u­ment. Nous avions envis­agé des palettes d’outils con­textuelles d’une util­i­sa­tion, entre autres, proche de ce que pro­pose aujourd’hui un logi­ciel de visu­al­i­sa­tion de doc­u­ments type Adobe Acro­bat®, cou­plé à une plate­forme de réseau social comme Facebook™.

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Hélas, ces écrans ne sont jamais sor­tis du groupe de tra­vail, vous ne les ver­rez nulle part ailleurs (excepté sur tamantafmiglia.com, menu déroulant « références » / pro­jet « Bib­lio­thèque numérique européenne »). Ce pro­jet de maque­tte n’est pas celui qui a été présenté aux parte­naires européens : la direc­tion de la Bib­lio­thèque nationale de France désir­ait plus de vis­i­bil­ité médi­a­tique et a con­fié la réal­i­sa­tion graphique du pro­to­type qui a suc­cédé à la maque­tte à Pub­li­cis, via l’agence Carré noir, qui a dû pro­duire en vitesse un tra­vail con­ceptuel et graphique à mon sens bien en deçà de ce que nous avions fait, et de ce que ce pro­jet néces­si­tait en terme d’image et posi­tion­nement, cela n’a heureuse­ment pas empêché le pro­jet de con­tin­uer son chemin (ou hélas, en terme d’image pour nous). Ce « pilote » pro­posé par la France est devenu un pro­jet com­mun aux dif­férents acteurs européen qui com­mence seule­ment son exis­tence publique depuis 2008. Hélas pour moi, dif­fi­cile de se retrou­ver créditer quelque part dans ce genre de pro­jet à cette échelle (pas plus que pour les gens qui ont réal­isé la ver­sion finale). Les affres de la bureau­cratie ? Heureuse­ment (pour moi), il reste encore le net et les moteurs, moteurs, moteurs de recherches.

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4 Réponses à cette discussion pour le moment.


  1. Edouard Wautier

    hello chris­t­ian, je ne sais pas si tu as vu la présen­ta­tion video de “google wave” mais les evo­lu­tions pos­si­bles en terme de co créa­tion, d’anotation, de partage et de suivi de l’evolution d’un texte lais­sent pan­toise… peut etre la base logi­ciel du livre 2.0 existe deja ! reste a la pack­ager …
    par ailleurs je test en ce moment un reader sony e paper, c’est plu­tot con­fort­able a utiliser… plus qu’un livre papier meme.

  2. Christian Porri

    Oui, j’ai bien vu Google Wave. Ça pour­rait effec­tive­ment être une plate­forme de réseau (très intru­sive mais très active) pour une expéri­ence sim­i­laire à Com­ment­Press, Il faut déjà voir si cette hypothèse prends, les évolu­tions tech­niques suiv­ront naturelle­ment.
    Pour le reader de Sony, j’en ai eu une courte expéri­ence et peut-être n’est-il pas le pire mais je trouve a pri­ori que ces appareils n’intègre pas le livre comme base dans leur design. Peut-être le HP, mais je n’en ai pas encore vu grand chose.
    Je lorgn­erai per­son­nelle­ment plutôt vers la piste du papier elec­tron­ique et de sa sou­p­lesse, rap­pelant celle d’un quo­ti­dien par exem­ple… Bref, ce n’est (hélas) pas moi qui tra­vaille là dessus.

  3. Superlink me » Blog Archive » Reader news

    […] écho à mon précé­dent bil­let, quelques infor­ma­tions à met­tre en rela­tion : le lance­ment par Barnes & Noble de l’une des […]

  4. Superlink me » Blog Archive » Casual game m’a tuer

    […] qu’ils per­me­t­tent qui est adap­tée à l’usage des tech­nolo­gies que nous avons aujourd’hui (tout comme pour la lec­ture, d’ailleurs). Autant je regrette que l’apologie de ce « casual gam­ing » pro­duise un dis­cours sou­vent creux […]

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